Au cours des récentes années, nous avons pu voir la publication de l'ouvrage d'André Larocque, Le parti de René Lévesque. Un retour aux sources. Au premier chef, nous voyons un militant de la première heure déplorer ce que le Parti Québécois est devenu. D'emblée, il faut soulever que M. Larocque est plutôt sévère envers les successeurs de René Lévesque. Il sera alors possible de tenter le dépassement du dogme du parti lévesquiste incurable qui semble agiter l'auteur.
Une fois la déconstruction effectuée, il est possible de voir le positif à travers ce que Larocque dit, ce qu'il veut amener comme propos constructif pour l'avenir de l'indépendance québécoise. Première des choses, l'idéal démocratique fut un fer de lance mutuel qu'André Larocque partagea avec René Lévesque. Cette condition sine qua non à tout moyen d'entreprendre l'indépendance québécoise, bien que noble à sa base même, est sévère. Frapper d'auto-da-fé toute réticence en ce sens est faire preuve d'un certain angélisme face à la realpolitik.
La nécessité de considérer la réalité de paradigme
René Lévesque ayant précédé la première vague politique indépendantiste, nous pouvons l'inscrire dans la ligne de feu du paradigme de la Révolution tranquille. Aux lendemains de la noirceur duplessiste, il a rendu compte d'une nécessité de démocratiser la politique et de faire le ménage dans le financement des partis. Or, comme cette tâche titanesque n'avait pu être conclue lors de son premier séjour au pouvoir (1960-1966), il attendit la prise du pouvoir péquiste.
Le "Vive le Québec libre" du Général De Gaulle ayant tonné, René Lévesque n'eut d'autre choix que de se bouter hors du Parti libéral du Québec à la faveur d'un plaidoyer en faveur de la souveraineté-association, qui fut rédigé dans l'essai politique Option Québec. Alors sans-parti, René Lévesque fut peu à peu amené à composer avec plusieurs franges de l'opposition, le mouvement indépendantiste naissant au Québec, et les rinistes. Tout ce beau monde forma le Parti Québécois à la faveur d'une alliance tacite entre le Mouvement-Souveraineté-Association et le Ralliement National, à l'exclusion du Rassemblement pour l'indépendance nationale.
Le cas du référendum
L'inscription du référendum comme moyen des Québécois d'accéder à leur Option Québec fut teintée par un côté "Cheval de Troie" : Claude Morin, s'inspirant de recommandations émises par des hauts fonctionnaires fédéraux, propagea l'idée de la démarche étapiste, d'inclure l'obligation de consulter la population afin de vérifier son assentiment au projet d'indépendance. La souveraineté-association formulée selon les termes de René Lévesque était avant tout une proposition nouvelle de confédération, d'association entre États égaux, avec le Canada.
Le contentieux de la position de Jacques Parizeau se trouve dans sa réponse face à la doctrine véhiculée par Claude Morin. Avant tout bon soldat, il se rallia à René Lévesque et au parti, croyant faire ce qui était le mieux au regard des circonstances de l'époque. Ce qui ressort toutefois de sa position, c'est qu'il a toujours été avant tout été partisan de l'élection référendaire, ou élection décisionnelle selon le vocabulaire de nos jours.
Le référendum, dans sa forme actuelle, ayant abouti deux fois à l'échec, Parizeau ne se sentait plus lié par le pacte qui l'unissait à la doctrine référendaire de Claude Morin, d'autant plus que ce dernier fut reconnu coupable d'avoir accepté de l'argent du fédéral moyennant collaboration et échange d'informations. De plus, il rompit d'avec la démarche lévesquiste en ce sens, ce qui n'était pas sans comporter quelque position impopulaire.
À mon interprétation, Parizeau rompit une première fois quand il démissionna à la suite du "Beau risque" proclamé par René Lévesque. Le deuxième acte de rupture vint quand, à la diffusion des résultats du deuxième référendum, Parizeau s'inscrivit comme héritier de la ligne pure et dure riniste en démissionnant de son poste de premier ministre. Il suivait en cela le précédent émis par la lettre de Pierre Bourgault exigeant la démission de René Lévesque au lendemain du premier référendum.
Une position discutable
Le point d'achoppement entre les Lévesque, Bourgault et Parizeau se situe au niveau de la question de la gouvernance provinciale. Selon le premier, l'élection donne le mandat de gouverner l'État, tel qu'il est dans les formes actuelles. Toute modification à sa constitution nécessite une consultation populaire ultérieure. Pour les deux derniers, comme le gouvernement est indépendantiste, ils considèrent que le mandat qui lui est confié, est de faire l'indépendance, voter les lois, et procéder de façon proactive à l'établissement d'un État à part pleine et entière.
René Lévesque cherchait l'adhésion de la population en majorité, que les Québécois-es soient partie prenante à l'établissement de la souveraineté. Suivant ce principe, il est difficile de le contredire. Dans les faits, pourtant, l'élection peut être décisionnelle ou encore comporter une question dite référendaire. L'élection de 1962 le fut : la nationalisation de l'électricité établissait une certaine part de souveraineté. Là où Lévesque échoua, les Parizeau et Bourgault arrivèrent à l'expliquer en actes et positions conséquentes.
Le flirt adéquiste
Avant tout, nous devons l'existence de l'Action démocratique du Québec et de Québec solidaire à l'inachèvement du prochain paradigme révolutionnaire à négocier. À l'instar de René Lévesque et Robert Bourassa, Mario Dumont croyait pouvoir influencer le Québec d'une façon décisive. Se posant en défenseur des intérêts autonomistes du Québec, Dumont faisait le même pari que René Lévesque au moment de sa défection d'avec les libéraux. Il fut curieusement déphasé devant l'intransigeance fédérale. Là où Robert Bourassa faillit présupposément à sa mission historique, Mario Dumont se posa en redresseur de torts. Il dût abdiquer devant le verdict populaire, il y a peu de temps.
André Larocque s'est présenté comme candidat à l'ADQ et conseiller de Mario Dumont il y a quelques années déjà. Il avait fini par retourner au bercail du PQ. Il fut derrière le regain d'intérêt entourant la réforme des institutions démocratiques, notamment en ce qui concerne la question de réforme du scrutin à la proportionnelle. Les gouvernements depuis le Parti Québécois s'étaient intéressés à la question. Pour diverses raisons, en revanche, les réformes ne sont pas venues. En effet, depuis le temps de Duplessis, il est reconnu que la carte électorale favorise les partis à tendance nationaliste.
Il est raisonnable d'affirmer que le fait de ne pas mener cette réforme à terme puisse avoir été bénéfique du point de vue du Parti Québécois qui avait conquis la place de l'alternative au pouvoir aux mains de l'Union Nationale dès 1976. Toutefois, par un certain bégaiement de l'Histoire, l'ADQ s'est posée comme deuxième parti dans les enjeux électoraux en 2007. La joie fut de courte durée cependant, comme l'ADQ a déçu les espoirs de certaines gens de voir ce parti se substituer à l'administration Charest.
Jusqu'à preuve du contraire, les gens en faveur d'une certaine forme de proportionnelle doivent délivrer le fardeau de la preuve comme quoi une réforme ne serait pas sans comporter quelques avantages en faveur d'une clientèle nationaliste, qu'elle soit indépendantiste, autonomiste et/ou confédéraliste. Ce qui est certain, par contre, c'est que le fédéral n'est point disposé, dans le cadre des présents enjeux, à refondre un certain projet de confédération réelle qui verrait le Québec acquérir les pleins pouvoirs d'un État soucieux de ses prérogatives et à l'écart des empiètements fédéraux.
jeudi 23 juillet 2009
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